Une menace pour l'environnement

Publié le par Scolan Quesnel

 

Le projet serait désastreux pour la diversité biologique en réduisant à néant des habitats d’importance communautaire et en remettant en cause les protections mises en place.
Comment prétendre que le site ne serait pas défiguré et perturbé par de pareils travaux !

 

Les risques pour le milieu naturel

L’impact du creusement du chenal et des transports de matériaux serait très important pour le milieu naturel. Ainsi les conclusions de l’étude du Gemel, quelles que soient ses faiblesses, sont relativement claires : « le développement de la pollution aux métaux lourds, la destruction de zones d‘alimentation de poissons et des limicoles, la destruction ou dégradation des habitats observés ». Pour l’ensemble des oiseaux fréquentant le site, dont 11 espèces sont inscrites à l’annexe 1 de la directive « Oiseaux », les travaux auraient un impact négatif évident tout d’abord par le dérangement sur leurs lieux de gagnage et de repos que sont les bancs de sables du lit de la Sienne. La mise en mouvement par dilution dans l’eau des divers polluants (métaux lourds) piégés dans le substrat depuis des décennies ne peut être qu’inquiétante pour toute la chaîne alimentaire liée au milieu aquatique.

Le banc de sable à l’extrémité sud de la pointe d’Agon ne doit surtout pas être considéré comme un simple dépôt de sédiments inertes. C’est un écosystème à part entière en pleine formation résultant de l’évolution naturelle du trait de côte. Déjà, depuis l’étude d’impact, une bonne partie est colonisée par une végétation très caractéristique, la vie s’y est installée sous la forme de micro-organismes et d’invertébrés bien particuliers qui ne vivent que dans ces milieux pionniers. C’est un habitat naturel d’intérêt communautaire désigné sous l’appellation « Dunes mobiles embryonnaires » par la directive « Habitat ». Ces mêmes milieux sont en voie de raréfaction sur l’ensemble du littoral français à cause de l’anthropisation grandissante et de l’érosion. Cette zone particulière, outre son grand intérêt biologique, a aussi un rôle pédagogique important pour montrer la naissance d’un écosystème dunaire particulier et son évolution vers la complexité.

 


Le gravelot à collier interrompu a trouvé à cet endroit un site de reproduction qui lui convient. Il y a quelques années, sa population était plus importante, une trentaine de couples, et il nichait fréquemment sur le haut de plage de la côte ouest de la pointe d’Agon. Malheureusement, le relief de la plage a changé, les sites potentiels ont quasiment disparu et le dérangement a fait le reste : les quelques dix couples restant sont cantonnés sur la flèche sableuse appelée à disparaître !

Mais ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres des conséquences catastrophiques pour la biodiversité qu’aurait la destruction de cet endroit. Il faudrait évoquer la probable élimination de la plus belle station d’entéromorphes du havre, importante réserve de nourriture pour le troupeau de bernaches. Et que dire des précieux invertébrés, devenus rares, pour lesquels ces milieux extrêmes constituent l’unique habitat !

Un effet redoutable passé sous silence : le roulage des engins

L'une des conséquences les plus pernicieuses sur l’environnement global du site serait très certainement le roulage des engins sur l’estran. Cet aspect pourtant essentiel a été peu évoqué dans le dossier d’enquête publique. Les estuaires offrent une extraordinaire productivité primaire favorisée par le brassage des eaux et l’intense luminosité à marée basse. Les vasières notamment sont colonisées par des bactéries et des micro-algues, les diatomées, capables de photosynthèse, qui peuvent pulluler sur l’estran et sont à l’origine de toutes les chaînes alimentaires. Les mollusques et les poissons en particulier sont de grands consommateurs de diatomées. On retrouve d’ailleurs le squelette siliceux de ces organismes dans l’appareil digestif de ces animaux.
Les estuaires sont ainsi de véritables nurseries pour les poissons, et les embouchures des rivières sont très propices à l’élevage des moules. La multiplication des pistes nécessaires aux éventuels travaux de désensablement serait désastreuse pour ces zones de haute productivité, non seulement pour tous les animaux malacophages et piscivores du havre (oiseaux, poissons prédateurs, dauphins, phoques), mais aussi, bien sûr, pour la conchyliculture et la pêche à pied !

 

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Alain Livory 13/02/2007 15:03

Un effet redoutable passé sous silence : le roulage des engins
L'une des conséquences les plus pernicieuses sur l’environnement global du site serait à mon sens le roulage des engins sur l’estran. Cet aspect pourtant essentiel a été peu évoqué dans le dossier d’enquête publique. Les estuaires offrent une extraordinaire productivité primaire favorisée par le brassage des eaux et l’intense luminosité à marée basse. Les vasières notamment sont colonisées par des bactéries et des micro-algues, les diatomées, capables de photosynthèse, qui peuvent pulluler sur l’estran et sont à l’origine de toutes les chaînes alimentaires. Les mollusques et les poissons en particulier sont de grands consommateurs de diatomées. On retrouve d’ailleurs le squelette siliceux de ces organismes dans l’appareil digestif de ces animaux.
 
Les estuaires sont ainsi de véritables nurseries pour les poissons, et les embouchures des rivières sont très propices à l’élevage des moules. La multiplication des pistes nécessaires aux éventuels travaux de désensablement serait désastreuse pour ces zones de haute productivité, non seulement pour tous les animaux malacophages et piscivores du havre (oiseaux, poissons prédateurs, dauphins, phoques), mais aussi, bien sûr, pour la conchyliculture et la pêche à pied !
Alain Livory

Philippe Scolan 13/02/2007 15:10

Merci Alain pour ce commentaire pertinent. J'ajoute tout de suite ces éléments à l'article.