Propositions alternatives

Publié le par Scolan Quesnel

 

Gardons notre humilité face aux éléments naturels : notre côte sableuse est mobile, elle l’a toujours été et elle le restera !

 

Dans un site resté aussi naturel que le havre de Regnéville, c’est une erreur de vouloir contrarier les forces de la nature, c’est un non-sens environnemental, paysager et financier.


Réflexions

Bien que conscients des problèmes d’érosion des plages des stations balnéaires construites imprudemment sur le cordon dunaire, nous sommes néanmoins résolument contre le projet proposé. Des zones désignées pour la conservation de l’environnement (Natura 2000) ne doivent pas être utilisées comme carrières pour compenser les déficits sédimentaires chroniques, qu’ils soient naturels ou provoqués plus ou moins directement par l’activité humaine (extractions, cales, enrochements et… réchauffement climatique !)

Nous n’avons pas la prétention d’apporter des solutions « clés en mains », mais une réflexion doit être menée.

L’inquiétude face à l’érosion de la plage de Hauteville-sur-Mer ne doit pas nous faire oublier que nous sommes devant un phénomène naturel. Vouloir figer ce phénomène par des enrochements et autres épis est illusoire sur le long terme, d’autant plus devant les perspectives de remontée du niveau des mers liée au réchauffement climatique, dont nous sommes responsables. Nous devons nous faire à l’idée que cette évolution « naturelle » va s’amplifier et remettre en cause bon nombre des aménagements déjà en place sur nos côtes.

Une étude européenne (Eurosion - 2004) a démontré l’effet néfaste des enrochements qui renforcent l’agitation de la mer à leur pied et créent un abaissement du niveau des plages. D’autre part, cette même étude dit aussi que les épis ne sont efficaces que sur une longueur limitée de côte ; l’érosion qui s’aggrave à leur aval appelle la construction d’autres épis, déclenchant un effet de dominos. Un phénomène identique se produit avec les cales en béton d’accès à la mer. Cette succession sans fin de structures rocheuses ou bétonnées finit par défigurer nos côtes pour des résultats le plus souvent nocifs et un coût énorme.

Une nouvelle approche pour traiter l’érosion côtière a été développée en Europe, c’est le repli programmé qui consiste en l’abandon des terres à risque et à la réinstallation des biens plus loin de la côte. Une analyse coûts-avantages démonterait peut-être que cette option est plus raisonnable d’un point de vue économique en ce qui concerne par exemple le camping de Montmartin. Des techniques plus douces pour retenir le sable sur les plages existent aussi (par exemple, les procédés Eco-plage et Stabiplage).

Il est urgent d’analyser de façon plus globale le phénomène d’érosion de nos côtes et d’avoir une vision à long terme dans les réponses à apporter. Il faut avoir la sagesse de reconnaître les erreurs passées et l’ouverture d’esprit pour regarder les solutions adoptées par nos voisins sans pour autant dire qu’il n’y a qu’une réponse à la question posée. Des études sur l’ensemble de l’Europe ont été menées, servons-nous-en ! Et n’oublions pas que déjà le dérèglement climatique se fait sentir. Les cycles naturels sont perturbés : tempêtes de plus en plus fréquentes et remontée inévitable du niveau des océans doivent nous inciter à la plus grande prudence.

Pour mener à bien une réflexion critique il est bon de connaître le rapport que les professeurs Paskoff et Verger ont fait sur ce cas bien précis après leur visite sur le site en 2002 à la demande du Conservatoire du littoral. Le Commissaire enquêteur s’étant bien gardé de mentionner cet avis que nous lui avions communiqué, voici leurs remarques :

 

Remarques de Roland Paskoff et de Fernand Verger,

membres du conseil scientifique du Conservatoire du littoral, à propos de l’étude d’impact du Gresarc sur les travaux projetés en baie de Sienne (Manche)

 

Constatations préalables

La pointe d’Agon constitue un espace naturel remarquable par ses caractères écologiques. C’est une flèche sableuse en cours d’évolution rapide sous l’action des vagues, de la marée, des courants littoraux, du vent. Les phénomènes d’érosion, de transport et de sédimentation sont actifs. Des milieux divers naissent tous les jours : plages, vasières, dunes. Les biotopes nouvellement créés sont progressivement colonisés par des associations végétales pionnières. Leur intérêt faunistique est reconnu. C’est ce qui a justifié le classement du site et l’acquisition ici de 38 ha par le Conservatoire du littoral. Celui-ci, depuis la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité, peut exercer sa compétence sur le domaine public maritime qui s’étend au droit de ses terrains. Il est évident que, dans le cas de la pointe d’Agon, où terres émergées et espaces périodiquement inondés par la mer constituent une unité écologique, le Conservatoire doit étendre son action sur le domaine public maritime et veiller à sa stricte protection.

Le havre de Regnéville a déjà fait l’objet de travaux. En particulier, une digue basse a été édifiée en 1988 dans la partie distale de la flèche de Montmartin dans le but de repousser vers l’ouest le chenal de la Sienne et d’enrayer le recul du trait de côte au sud d’elle. De fait, ce recul n’a pas arrêté, mais surtout une très forte érosion s’est manifestée au nord de l’ouvrage où la flèche, aujourd’hui réduite à l’état de moignon, est menacée à cours terme de disparition. En effet, la digue a arrêté le transit sédimentaire venant du sud. Mais, plus encore, en bloquant sur place un méandre de la Sienne avec pour résultat une accentuation de sa courbure, elle a considérablement exacerbé l’attaque de la partie distale de la flèche de Montmartin contre laquelle il est collé. Il convient donc de bien évaluer les conséquences que pourrait avoir toute intervention dans un milieu aussi dynamique que celui du havre de Regnéville.

L’étude d’impact fait état, pour justifier les travaux, projetés, des risques de submersion que fait peser l’érosion par la mer de la flèche de Montmartin sur les terres basses situées en arrière d’elles et, secondairement, d’une meilleure accessibilité aux espaces de mouillage à l’intérieur du havre. Mais, à la lire, on se rend compte que les opérations envisagées ont avant tout pour but de se procurer, aux meilleures conditions, des volumes suffisants de sable pour ré alimenter les plages très démaigries des communes de Coutainville et d’Hauteville-sur-Mer.

Appréciation des interventions prévues

- L’arasement de l’extrémité de la pointe d’Agon. Ce qui a été dit plus haut du grand intérêt écologique de cette flèche sableuse justifie pleinement le strict maintien de son intégrité. L’arasement envisagé est inacceptable.

- La construction d’un épi à la pointe d’Agon. L’édification d’un épi perturberait la dynamique littorale et donc l’évolution naturelle de la flèche. La proposition de construire un épi est irrecevable.

- L’extraction de sable sur les bancs situés à proximité de la pointe d’Agon. Les bancs sableux situés immédiatement à l’ouest de l’extrémité de la flèche font partie de son emprise sédimentaire et sont destinés à se souder à elle. Ils participent à sa dynamique. L’extraction prévue ne doit pas être autorisée.

- Le creusement d’un chenal dans l’axe de l’ouverture sur la mer du havre. Il s’agit de recouper artificiellement le méandre de la Sienne dont la présence est la cause première de l’érosion de la partie distale de la flèche de Montmartin. C’est là une intervention dont l’intérêt est évident. Ce creusement est recommandé.

- Le comblement du méandre de la Sienne. Le colmatage de ce méandre à l’aide des matériaux extraits dans le nouveau chenal permettre d’enrayer l’érosion de la partie distale de la flèche de Montmartin. Ce comblement est préconisé.

Suggestions

Le chenal artificiel étant appelé à se combler, des dragages fréquents et périodiques sont à prévoir pour le maintenir. Les sables extraits seront utilisés pour le rechargement des plages de Coutainville et d’Hauteville-sur-Mer qui est dans les faits une motivation essentielle des travaux envisagés dans le havre de Regnéville.

Cette ressource en sable sera suffisante pour assurer un rechargement régulier de ces plages. Elle pourrait être complétée par des extractions dans le delta de jusant de la Sienne. Les secteurs d’emprunt devraient être localisés au-delà des petits fonds littoraux qui jouxtent la pointe d’Agon, là où les profondeurs au-dessous du niveau des plus basses mers se situent à plus de 8 ou 10 m. Il conviendrait de procéder à une prospection pour évaluer les caractéristiques sédimentologiques et le volume des matériaux éventuellement exploitables.

Pour parer au risque de submersion, par suite de la fragilité de la flèche de Montmartin, qui pèse sur les espaces bas des communes de Montmartin, d’Hauteville et d’Annoville, leur dispositif de protection, en particulier les digues, devrait être revu.

A terme, on ne doit pas exclure la possibilité de procéder à une éradication de la digue basse dont on a vu les effets désastreux sur la partie distale de la flèche de Montmartin. A partir du moment ou un chenal artificiel sera maintenu dans l’axe de l’entrée du havre de Regnéville, cet ouvrage n’aura plus sa raison d’être. Son enlèvement aurait pour effet bénéfique de donner un sursis à la terminaison de la flèche.

EUCC-FRANCE ateliers des 30-31 mars 2005 - gestion de l’érosion des plages.

 

 

 

 

 

 

 

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