Comment prétendre que le site ne serait pas défiguré et perturbé par de pareils travaux !
Les risques pour le milieu naturel
L’impact du creusement du chenal et des transports de matériaux serait très important pour le milieu naturel. Ainsi les conclusions de l’étude du Gemel, quelles que soient ses faiblesses, sont relativement claires : « le développement de la pollution aux métaux lourds, la destruction de zones d‘alimentation de poissons et des limicoles, la destruction ou dégradation des habitats observés ». Pour l’ensemble des oiseaux fréquentant le site, dont 11 espèces sont inscrites à l’annexe 1 de la directive « Oiseaux », les travaux auraient un impact négatif évident tout d’abord par le dérangement sur leurs lieux de gagnage et de repos que sont les bancs de sables du lit de la Sienne. La mise en mouvement par dilution dans l’eau des divers polluants (métaux lourds) piégés dans le substrat depuis des décennies ne peut être qu’inquiétante pour toute la chaîne alimentaire liée au milieu aquatique.
Le banc de sable à l’extrémité sud de la pointe d’Agon ne doit surtout pas être considéré comme un simple dépôt de sédiments inertes. C’est un écosystème à part entière en pleine formation résultant de l’évolution naturelle du trait de côte. Déjà, depuis l’étude d’impact, une bonne partie est colonisée par une végétation très caractéristique, la vie s’y est installée sous la forme de micro-organismes et d’invertébrés bien particuliers qui ne vivent que dans ces milieux pionniers. C’est un habitat naturel d’intérêt communautaire désigné sous l’appellation « Dunes mobiles embryonnaires » par la directive « Habitat ». Ces mêmes milieux sont en voie de raréfaction sur l’ensemble du littoral français à cause de l’anthropisation grandissante et de l’érosion. Cette zone particulière, outre son grand intérêt biologique, a aussi un rôle pédagogique important pour montrer la naissance d’un écosystème dunaire particulier et son évolution vers la complexité.
Un effet redoutable passé sous silence : le roulage des engins
L'une des conséquences les plus pernicieuses sur l’environnement global du site serait très certainement le roulage des engins sur l’estran. Cet aspect pourtant essentiel a été peu évoqué dans le dossier d’enquête publique. Les estuaires offrent une extraordinaire productivité primaire favorisée par le brassage des eaux et l’intense luminosité à marée basse. Les vasières notamment sont colonisées par des bactéries et des micro-algues, les diatomées, capables de photosynthèse, qui peuvent pulluler sur l’estran et sont à l’origine de toutes les chaînes alimentaires. Les mollusques et les poissons en particulier sont de grands consommateurs de diatomées. On retrouve d’ailleurs le squelette siliceux de ces organismes dans l’appareil digestif de ces animaux.Les estuaires sont ainsi de véritables nurseries pour les poissons, et les embouchures des rivières sont très propices à l’élevage des moules. La multiplication des pistes nécessaires aux éventuels travaux de désensablement serait désastreuse pour ces zones de haute productivité, non seulement pour tous les animaux malacophages et piscivores du havre (oiseaux, poissons prédateurs, dauphins, phoques), mais aussi, bien sûr, pour la conchyliculture et la pêche à pied !


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